Non à l’initiative contre la SSR

La liberté d’information a besoin d’une SSR forte

Société Numérique rejette l’initiative contre la SSR. Une SSR forte est essentielle : la liberté d’information est sous pression et les canaux de la SSR constituent des points d’ancrage avec une information fiable, équilibrée et librement accessible. Un démantèlement supplémentaire de la SSR signifierait aussi un recul de la diversité médiatique et de la démocratie, et, en fin de compte, un recul des libertés fondamentales.

Le 8 mars, la population suisse se prononcera sur l’initiative SSR. Cette initiative populaire, intitulée officiellement « 200 francs, ça suffit ! », demande de plafonner la redevance radio-télévision des ménages privés, aujourd’hui fixée à 335 francs (et à 300 francs dès 2029), à 200 francs par an. Elle entend en outre exonérer toutes les entreprises de l’obligation de payer la redevance.

En tant que Société Numérique, nous suivons la SSR d’un regard critique depuis des année. Nous regrettons l’accord opaque conclu en 2025 avec l’association des éditeurs : Une capitulation inutile et le sacrifice d’une présence essentielle en ligne. Nous demandons également — dans l’esprit de « public money, public content » — que les contenus produits par la SSR soient mis plus librement à disposition d’autres actrices et acteurs.

Il n’en demeure pas moins que notre position est claire : de même que Société Numérique avait rejeté l’initiative radicale « No Billag » en 2018 (article en allemand), elle rejette aujourd’hui l’initiative contre la SSR.

La liberté d’information sous pression dans l’espace numérique

Une démocratie vivante, critique et donc forte a besoin de médias indépendants. Ils constituent le fondement indispensable de la liberté d’opinion et d’information : le droit de recevoir librement des informations, de se les procurer auprès de sources généralement accessibles et de se forger une opinion librement (art. 16 de la Constitution fédérale). La liberté d’information est sous pression, en particulier dans l’espace numérique. Sur les réseaux sociaux, des algorithmes façonnent nos flux d’information selon une logique guidée par le profit ; les médias privés dressent des barrières payantes ; l’IA générative produit désinformation et deepfakes. Or notre société a besoin d’informations librement accessibles, de qualité et équilibrées. C’est précisément la mission de la SSR, qui constitue ainsi un ancrage essentiel dans le paysage médiatique.

Près de la moitié de la population suisse ne s’informe plus — ou presque plus — que via les réseaux sociaux. La SSR est, dans bien des cas, le seul média rédactionnel qui parvient encore à atteindre les personnes éloignées de l’information. Dans bien des cas, la SSR est le seul média rédactionnel qui, grâce à sa large portée, parvient encore à atteindre ces publics. C’est précisément pour cela qu’une SSR forte est nécessaire sur les canaux numériques, avec de nouveaux formats vidéo et des podcasts.

Moins de SSR, c’est moins de participation à la vie publique et moins de transparence

L’acceptation de l’initiative entraînerait un véritable démantèlement de la SSR, qui affaiblirait en particulier l’écosystème de l’information dans les régions. Des studios régionaux seraient fermés. Dans de nombreuses parties du pays — notamment en Suisse romande, au Tessin et en Suisse rhéto-romane — la diversité médiatique locale serait quasiment inexistante sans la présence de la SSR sur le terrain. Cette (nouvelle) réduction de l’offre médiatique dans de nombreuses régions affaiblirait la transparence sur l’action des autorités politiques, de l’administration et de l’économie. Là où le quatrième pouvoir ne regarde plus, la corruption tend à se développer et le débat démocratique s’étiole.

Pour les personnes malentendantes également, les offres de la SSR constituent une clé importante d’accès à la vie publique. De manière générale, les acteurs privés ne peuvent pas remplacer nombre de prestations de la SSR, car elles ne sont pas finançables sur le marché. À l’inverse, les personnes qui consomment les contenus de la SSR utilisent de manière avérée intensément les médias privés également.

L’initiative contre la SSR s’inscrit dans un mouvement autoritaire qui, dans plusieurs pays, s’attaque aux médias du service public. Lorsque ces attaques aboutissent, elles entraînent à long terme un recul des libertés et de la démocratie. Les médias privés indépendants sont eux aussi fortement affaiblis par des difficultés de financement. Moins de médias indépendants signifie davantage de contrôle de l’information par des acteurs financièrement puissants, leurs plateformes d’opinion et leurs organes partisans. Cela complique le contrôle démocratique, la mise en lumière des violations des droits fondamentaux et une participation politique éclairée.

Le bulletin de vote arrive ces jours-ci dans les boîtes aux lettres — merci de voter non, en faveur de la liberté d’information, de la participation à la vie publique et de la diversité médiatique.